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 Jean-Marie Isnard par Vincent Cuvellier

Jean-Marie est peintre. Un vrai. Un double-peintre. Un peintre qui peint sur les murs et un peintre qui peint sur les toiles. Dans les deux cas, il met les mains, pas dans le cambouis, mais dans la matière, dans le blanc, le noir et toutes les couleurs autour de lui. Il pioche, il taille, il balance. Il peint.

C’est drôle, hein, d’être un double-peintre. Peintre en bâtiment et artiste peintre. La peinture qu’il se met plein les doigts est la même, après tout. Qu’il peigne un bâtiment ou qu’il peigne une forêt sombre un soir d’hiver…

Quand on connait sa vie, on n’est plus étonné. Jean-Marie aime autant le concret que l’abstrait, l’art que les travaux de force. Il a grandi en face d’un des plus grands chantiers des années 60 : le village olympique de Grenoble. Les jeux de de Gaulle et de Jean-Claude Killy… Jean-Marie est un vrai grenoblois, accent compris, la montagne autour de lui, mais dans la cuvette. Grenoble, c’est une vraie ville, très urbaine, avec la nature qui fait de l’œil à chaque coin de rue.

Il passe des heures à regarder les scrapers, les bulldozers, les grues, qui construisent ce village où bientôt il habitera. Après la visite éphémère des délégations soviétiques, danoises ou canadiennes, le village idéal devient une cité HLM. Son père bosse dans les travaux publics. Jean-Marie traine dans le grand terrain où sont entreposés les locos, les engins, tout le matériel, toute la mécanique, qu’il apprend bientôt à utiliser… à 8 ans, il bosse déjà sur la grosse scie mécanique, sans ciller.

Il passe également de longues heures dans l’atelier ou dans sa chambre à noircir les feuilles de papier que lui fournit son père… Tout petit déjà, ce qui l’intéresse, c’est de dessiner réaliste. Comme pour de vrai. Que ça ressemble. Se coltiner des défis techniques, pour les résoudre.  » De la facture se dégage la poésie  » En gros, ça n’est pas le sujet qui compte, c’est le style. On peut dessiner un clou et ce clou peut être beau. De cette beauté qui peut se cacher là où on l’attend pas. Une instit affolée convoque sa maman :  » Il triche. Ce n’est pas lui qui dessine. Il s’est fait aider par un adulte.  » Ben non, c’est bien Petit Jean-Marie qui dessine. Il veut que ça fasse vrai : ça fait vrai. Maman Isnard est obligée de venir à l’école défendre son rejeton…

Sinon, Jean-Marie grandit cool dans un quartier pas toujours cool. C’est un peu chaud, Grenoble, malgré les montagnes autour… Villeneuve, Mistral, Village olympique. Les années 80 sont moins pittoresques qu’on veut bien le dire. La police vient chercher ses copains de CM1 jusque dans la classe.

Alors Jean-Marie peint. Toute la journée. Récupère des vieux pots de peinture en bâtiment. Et s’amuse à recopier des calendriers des postes. Reproduit le gentil écureuil, le mignon chienchien, et demande à ses copains lequel des deux est la photo, lequel des deux est son dessin.

Mais il n’y a pas que la peinture dans la vie. Jean-Marie est un actif. Il faut que ça bouge, que ça vive, que ça se marre, bref, qu’il se passe des choses. Quand il court, il se passe des choses. Il va jusqu’au championnat de France de relais 4 fois 100 mètres. Quand il joue de la basse, aussi, il se passe des choses. Jean-Marie est tombé dans le rock. Le vrai. Celui qui fait du bruit. On sort du punk, on aime quand les guitares font vraiment des bruits de guitare. Comme les Jam, les Ramones, les Clash, les groupes qui claquent. L’époque est dure, la musique aussi. Normal. Jean-Marie est bassiste des Sluggard kings. Une tournée, un disque. Ça marche. Ah non, en fait, ça marche pas. Jean-Marie doit bosser, doit faire vivre sa famille, tout jeune. Alors, il bosse. Jeune papa rock’n roll qui a fui les beaux-arts pour entrer à l’école du bâtiment. Tout un symbole. Il dessine encore un peu, surtout pour son fils, qui lui en demande. Mais il dessine plus pareil. Plus le temps.

Et puis, à 27 ans, merde, Jean-Marie repense à Egon Schiele, mort à 28 ans, comme une rock star. Qui a fait tout ce qu’il a fait. Et lui, non. Alors, il reprend ses pots de peinture, ses pinceaux, ses toiles ou ses papiers, et devient peintre.

Il se lance à fond, comme tout ce qu’il fait, dans son atelier du chemin de halage, un endroit de Grenoble où quelques rockeurs bricoleurs viennent monter et démonter des groupes et des projets. Encore un, les Barbarins fourchus, qui connait un sérieux succès, mais Jean-Marie jette l’éponge. Tout ça n’est pas bien sérieux.

Il passe même de l’autre côté quelques années, et ouvre une galerie à Bruxelles. Aujourd’hui, il peint. La journée, des appartements, des immeubles, des cuisines. Le soir, des toiles blanches qui prennent vite des couleurs avec lui… Il étale ses pots et se laisse aller, sans voir le temps qui passe. La nuit tombe. Il est déjà minuit. La toile se remplit. Jean-Marie peint comme il le fait depuis toujours. Au mouvement, au geste. Au feeling. Il cherche des sensations. Des ambiances. Comme cette forêt particulièrement réussie où on n’a surtout pas envie de s’égarer tellement elle est flippante.

Ou cette série de portraits. Des clodos. Des gens des rues. Aux traits marqués. Aux regards tristes mais jamais vides. Intenses. Creusés. Comme les traits qui creusent le dessin. Alors, c’est humaniste qu’on dit ? Une peinture humaniste ? Ça lui va pas mal, tiens, à Jean-Marie Isnard…

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